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Interview d’Eric Bouvet

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’être reçu par Eric Bouvet dans son studio et on va parler de deux séries qui moi, m’ont marquées dans ma découverte de la photographie en générale et qui m’ont interrogées.

• La première c’est une série que tu as faite, qui est une commande pour l’armée de terre française je crois?

Eric Bouvet Non, pas pour l’armée de terre, pour le Musée des Invalides.

• Voilà, mais où tu as suivi du coup des combattants en Afghanistan et où tu as fait le choix de travailler en argentique pour cette commande là? Et, la deuxième qui est une série que tu as fait en Amazonie où tu as résidé avec une communauté et là où tu as travaillé entièrement à la chambre? L’idée c’est de nous parler de :pourquoi ces choix là? Comment aujourd’hui un photographe professionnel peut continuer et pourquoi il peut continuer en argentique? Et quelles ont été les implications du coût particulièrement pour ces deux séries?

Eric Bouvet Effectivement on fait le grand écart puisqu’on passe d’un sujet noir et blanc en 24×36 Leica M sur des militaires, sur un conflit en Afghanistan et de l’autre côté, c’est un travail à la chambre avec une seule vue de format 4×5 et avec du film instantané Fuji qui correspond à ce qu’on appelait avant ” Le Polaroid ” qui n’existe plus aujourd’hui. Donc, c’est amusant parce que j’avais pas trop fait le rapport auparavant, avant que tu m’en parle. Et c’est vraiment effectivement en tout lieux, tout est différent aussi bien dans le sujet que dans la pratique, dans la pensée, dans le traitement, voilà enfin. Donc le premier, effectivement c’était en 2008 à peu près et c’était le premier régiment d’infanterie basé à Sarrebourg en Alsace qui était pendant 6 mois en Afghanistan Les régimentaux ont préféré laisser souffler les gars. Les autres armées comme les Américains, venaient à ce moment là en Afghanistan et les français laissent les gens pendant 6 mois. Et, donc c’était une commande du Musée des Invalides et j’étais bien fière et j’aime bien travailler pour les grosses institutions comme celle-ci. Qu’on sache que tu pars et tu sais que ton travail va rester dans les archives d’un musée, ça m’est arrivé plusieurs fois aussi bien pour le Ministère de la Culture que celui-ci. Je trouve ça assez intéressant puisque tu travailles aussi pour l’histoire en faite. Donc après tu peux faire des grands tirages, et ces tirages ils sont soignés, ils sont enfermés et ça part dans les caves et voilà c’est pour l’histoire… 

• C’est de l’histoire de temps en temps pour la mémoire quoi?

Eric Bouvet Ouais, de temps en temps ça servira effectivement ( je ne sais quand ) Donc en tout cas, cela change aussi du travail pour la presse. Quoi que ça a aussi fait une parution dans la presse et en faite, je suis parti en Tri-X et j’ai fait et je suis resté un mois. En faite, c’était une expo sur la guerre en Afghanistan et il leur manquait un gros travail sur les français, donc je suis parti pour eux en commande. C’était intéressant parce qu’en faite ça faisait 5 mois que les jeunes étaient là, ils étaient rincés physiquement et psychologiquement parce qu’avant de partir pendant 6 mois, on leur bourre le mou à juste titre: comme quoi ils vont sur un endroit où ils peuvent ne pas revenir, que peut-être ils vont perdre une jambe, un bras, que peut-être que leur pote sera plus là, bref. Voilà psychologiquement c’est pas évident et surtout c’est que le danger arrive toujours là où on l’attend pas. C’est à dire que ça peut être une grenade qui arrive par-dessus un mur, ça peut être une mine qu’on a pas vu, ça peut être un sniper, ça peut être une roquette, c’est pas comme sur un conflit où t’es sur une ligne de front. Là les mines étaient assez invisibles et c’est toujours par surprise. Du coup on leur demande d’être toujours sous pression, et je comprends que ce soit épuisant.

Il y a une deuxième chose qui les a un peu abattu psychologiquement, c’est que pendant leur 5 mois et le mois que j’ai passé avec eux, donc pendant les 6 mois, ils n’ont pas entendu un coup de feu. Ils n’ont pas eu à ce pour quoi on les avaient envoyé, ils ont pas eu à montrer ce qu’ils pouvaient prouver à eux-mêmes. Ce sont des militaires, ils vont sur un conflit, ils imaginaient : ils vont rentrer et ils auront pas entendu un coup de feu

• Il y a un décalage énorme? 

Eric Bouvet Voilà, c’est peut-être l’expérience de leur vie. Donc, ils étaient un peu rincés, je me suis rendu compte en faite que c’était d’un reportage de guerre et je me suis transformé en petite souris et j’ai tourné ça un peu en reportage société pour moi. Je les ai suivi et j’ai cherché un peu à prendre sur leur visage, dans leur attitude le pourquoi ils étaient là et ce qui s’était transformé.

Je suis parti avec je crois juste 50 films en noir et blanc et je suis resté pendant un mois et ça a fait une très belle expo et une parution dans le monde magazine à l’époque, c’était en 2009.

Ensuite pour le deuxième sujet, c’est en 2012 parce que 2011 je fais plusieurs voyages en Libye et je risquais ma peau tous les jours plusieurs fois. Donc pareil pour moi psychologiquement, c’est lourd à gérer et puis en même temps, je perds deux personnes que j’appréciais beaucoup qui sont Rémi Ochlik qui était un jeune et Tim Hetherington qui était un grand monsieur américain. L’un meurt en Libye et l’autre meurt en Syrie.

Ce travail était épuisant et j’étais très mal payé mais j’ai eu de très peu de parution et j’ai très bien bossé et en plus j’ai gagné un Visa d’Or par la suite sur un des deux sujets que j’a fait en Libye et je me suis rincé, j’en ai marre, je craque, je me dis okay. 2012, en plus tout le monde annonçait que ça allait être une crise internationale, que tous les marchés allaient s’écrouler, que le monde allait tomber dans le chaos, enfin bref. Moi, j’ai dis okay. En 2012, ça devait être une année de paix et je me fais un tour du monde de ce qu’on a visité sur plusieurs sites, ce qu’on appelle la Rambo Family, qui sont des gens qui ne veulent plus entendre parler de la société dans laquelle on vit aujourd’hui,  de  l’économie, de la politique, des masses média, enfin tout ce système qui fait qu’effectivement on est appelé à consommer et puis avoir à accepter des choses qu’on n’a pas trop envie parce qu’on vit dans un système et on est obligé de s’y plier. Donc ces gens vivent à travers le monde dans la nature, ils sont très peaceful, très en paix avec eux-mêmes et d’ailleurs quand on regarde les photos on s’en rend compte. Je donnerais une anecdote par la suite et donc ils vivent en harmonie avec la nature: yoga, méditation, pas de drogue dures, pas d’alcool, aucun engin électronique, photo interdite parce qu’évidemment, il y a les gens qui sont un peu dénudés et quand on va se baigner c’est logique de se baigner nu puisque l’endroit où nous étions était dans l’Amazonie, très humide, rien ne sèche donc le maillot de bain n’aurait jamais séché et puis de toute façon c’est un rapport avec le corps et l’esprit qui est complètement différent que là où l’on vit aujourd’hui.

Comme nous avons été formaté dans le monde de judéo-chrétien, en faite le corps n’a pas pour eux d’intérêt, c’est l’esprit avant tout. On s’en fiche que vous soyez grand, beau, gros, enfin bref avec tous les défauts ou que toutes les qualités qu’on puisse avoir physiquement, pour eux ça n’avait aucune importance. Donc, j’ai réfléchis parce que ça m’intéressais beaucoup d’aller les rencontrer et suite aux années que j’avais passées, j’avais besoin effectivement de ce havre de paix et j’y suis allé avec une chambre grand format 4×5 et avec ce film donc instantané Fuji que j’ai développé par la suite avec de l’eau de javel, ce qui m’a permis de faire de grands arrondissements parce que sinon si j’avais scanné seulement les positifs ça n’aurait pas été assez suffisant. J’ai pu avoir une qualité en récupérant un négatif qui est vraiment un processus intéressant.

Ça c’est une expo qui a bien tourné. Je me suis engagé à pas faire de parution presse après celle que j’avais faite parce que justement elles sont contrat mass média moi il fallait produire ce sujet, j’avais pas d’autre moyen que de le vendre à la presse donc effectivement ça a fait Paris Match et Géo, je me suis décidé à ne plus faire de parution presse et j’aurais pu gagner beaucoup d’argent avec ces images parce qu’ils sont d’accords pour le livre et l’exposition, pour l’aspect artistique, il voulait pas que je gagne d’argent sur leur dos, ce que je comprends tout à fait, ils m’ont accepté, il y a des règles.

• Oui, bien sûr!

Eric Bouvet Donc je me plie à ses règles et donc j’ai fais celui-ci et tu voulais qu’on parle que de ça mais sinon après effectivement j’ai travaillé sur d’autres choses encore avec la chambre beaucoup sur deux autres grandes séries, l’une qui s’appelle « Sex, Love » que j’ai mis 5 ans à faire, qui a fait une très belle expo et une autre que j’ai commencé à Kiev il y a 2 ans qui s’appelait « Chaos »

• Et du coup tu l’as continué celle-la?

Eric Bouvet Celle-là je la continue. J’emmène une chambre 4×5, je voudrais bien une 20×25 mais c’est quand même un peu encombrant pour aller sur des terrains, sur des conflits et là en faite je photographie un personnage devant moi et je photographie ce qui se passe derrière moi sur impression sur le plan film et c’est pour ça que j’ai appelé ça « Chaos » parce qu’on se retrouve avec encore plus… en générale je choisis mes endroits évidemment là où c’est très chaotique et donc ça a un effet. On n’aime, on n’aime pas, qu’importe moi je trouve ça intéressant.

• Et je trouve que dans le contexte de Kiev, ce que soit médiatiquement ou même politiquement, il y a des super positions de choses qui rendent un chaos incompréhensible. Je trouve que photographiquement du coup, moi ça me parle personnellement.

Eric Bouvet Merci ( rires )En tout cas, c’est le prof du photographe, il faut se chercher. Je crois que les choses n’arrivent pas par hasard. C’est des périodes de la vie où notre esprit, notre corps a besoin de faire certains sujets, d’aller à la recherche en tout cas ce qui est bien justement avec la photographie, c’est que l’oeil et l’esprit sont en recherche permanente après le cœur nous porte plus ou moins sur certains sujets ou certains endroits ou vers certaines personnes.

C’est un métier qui est rarement, que je béni et souvent on me dis « Si c’est à recommencer tu ferais quoi? ». J’ai dis «  Je ferais la même chose » le même boulot parce que, quelle richesse quoi ! En 35 ans tout ce que j’ai pu voir et tous ces gens que j’ai pu rencontrés, c’est pas fini… j’espère ( rires )

• Okay, écoute, merci beaucoup Eric, déjà de m’avoir reçu ici et tout. Si vous voulez en savoir plus sur le travail d’Eric, vous pouvez le trouvez un peu partout mais je mettrais le site internet dans la description.

Je crois que t’organise aussi justement des workshops à la chambre, tu le fais toujours?

Eric Bouvet Oui

• On mettra aussi un lien du coup là-dessus. Moi du coup comme j’ai quitté Paris, j’ai commencé à Marseille en me dépatouillant parce que j’avais des notions d’argentique et du coup j’ai essayé comme ça mais j’avais failli le faire à un moment juste et puis on a quitté Paris précipitamment. Mais encore une fois, merci de partager cette expérience et ce contraste qu’il peut y avoir dans ta carrière où justement je ne sais plus combien de Word Press Photo t’as reçu pour tes reportages de guerre et moi j’avais trouvé que ce virage à un moment, hyper et grand écart mais hyper compréhensible et c’était intéressant de voir que t’avais cherché l’humanité autant dans ce qu’il peut y avoir de plus dur de ce qu’il peut y avoir de plus décalé mais de plus connecté à quelque chose d’essentielle, comme la série en Amazonie « Sex love » un peu ce que t’as pu faire au Birmingham, parce que c’était un peu la première fois …

Eric Bouvet Ça c’était en numérique par contre.

• Oui c’est en numérique, oui mais…

Eric Bouvet Alors, j’avais emmené la chambre…( ouais ) et je suis allé 2 fois et deux fois j’emmène la chambre et à chaque fois que je range la chambre c’était pas possible de …

• A cause du sable?

Eric Bouvet Oui ou alors tu sais que tu fermes tout quoi, enfin j’imagines même pas ne serait-ce qu’en mettant le film rien que ça, on sent que le sable s’infiltre partout quoi. C’est des vraies tempêtes de sable, voilà même en me disant : «  C’est pas grave, j’y vais avec une vieille chambre. Je sais qu’elle va m’ouvrir là-bas ou l’objectif va m’ouvrir là-bas mais en plus il se coince au milieu, c’est un peu con ( plus rien après pour bosser ) mais je sais qu’il y aurait beaucoup de dégâts. Je sais pas, peut-être je vais essayer d’y retourner cette année. Je vais peut-être encore emmener une chambre, on verra ( rires ). Ça fait du poids mais bon.

• Le seul point que j’aurais aimé qu’on aborde, c’est justement, précisément pourquoi le choix de l’argentique pour les deux séries? Quelles implications ça a eu en terme pratique sur ton reportage? J’imagine que se trimbaler une 4×5 dans la foret Amazonienne, ça … 

Eric Bouvet Non mais moi le poids me fait pas peur parce qu’il faut se rappeler dans les années 80/90, on était des vrais sapins noël quoi. On avait 4 boîtiers autour du cou, les optiques ça allaient du 15mm au 308 doublé voire le 500.

• C’est nous les petits jeunes qui sommes fragile ?

Eric Bouvet Oui c’est normal, vous vivez avec la miniaturisation du matériel. Le numérique fait qu’effectivement … Moi même je suis passé en Fuji, je trouvais ça extraordinaire pas d’avoir de tout petits boîtiers comme ça et je me régale avec 2 optiques fixes. Je vais au bout du monde. Je n’ai plus besoin effectivement d’être comme avant. De toute façon, c’est ça qui est intéressant avec la photographie puisque tu es là pour l’argentique, c’est comme dans la vie en faite. La photographie c’est un résumé de la vie, on fait des choix.

Tu as travaillé en noir et blanc, en couleur, en numérique, en argentique, en petits formats, en moyen format, en grand format, tu vas partir avec tout, tu vas partir avec tout, tu vas partir avec juste une optique, tu vas partir avec des lumières, pas de lumière, c’est démultiplier la possibilité de faire des images aujourd’hui, ça a toujours été mais avec le numérique ça a amplifié.

Le traitement, quel film, quand je reviens qu’est-ce j’en fais ! Est-ce que je vais faire ce sujet pour la presse ? Pour une expo ? Pour un livre ? C’est pas les mêmes ambitions, c’est pas la même démarche et moi j’avoue que la façon dont je travaille c’est propre à son esprit et je suis très tiraillé sur beaucoup de choses. Je pense qu’aujourd’hui je suis beaucoup plus dans l’incertitude, alors que quand j’étais jeune j’avais des points de vue très définis, j’étais sûr de beaucoup de choses. Aujourd’hui j’ai tellement vu de choses déjà et j’ai tellement appris que je me pose plus de questions que j’affirme les choses. Ça c’est sûr. La seule chose que je puisse un peu affirmer c’est mon point de vue quand je fais une image forcément par le cadrage mais après voilà, la preuve d’ailleurs quand je pars à Kiev, je pars avec mes numériques pour faire du news et en même temps j’emporte la chambre pour faire quelque chose qui est à la limite du contemporain, de la photographie contemporaine. Je trouve qu’aujourd’hui, ces moments qu’on vivait là, c’est tellement compliqué, on a tellement d’ouverture, tellement de possibilité à apprendre, pour les rencontres,  pour avancer que j’essaie d’en charger le plus possible. Alors, je m’éparpille pas parce que j’arrive bien à cloisonner les choses mais quand je suis parti par exemple sur la Rambo Family, j’ai apporté qu’une chambre. J’avais même pas un petit boîtier numérique, rien! Et, ça étonnait beaucoup , parce que moi qui es habitué à faire du news, à partir toujours avec ce qu’il faut pour …

• Là-bas il n’y a pas de news à faire quoi ?

Eric Bouvet Oui, j’aurais pu tomber sur quelque chose en route ou enfin bref… ou même assurer comme ils disent « Mais t’as pas assuré » mais je dis « Mais il faut assurer quoi? » Le fait est aussi, là aussi ça perturbe les gens, c’est que ce soit la série «  Sex love » que ce soit «  La Rambo Family » que ce soit « Chaos » ou même en moyen format et même en numérique pour moi ce qui est intéressant c’est de faire qu’une image. Un seul shoot. Je vais pas dire comme un tableau parce qu’il y a toujours un négatif qui traine ou un fichier donc on peut reproduire. Pour moi, c’est important vis à vis des gens que je photographie.

• Au niveau du tirage?

Eric Bouvet Non, au niveau de la prise de vue. Je trouve que c’est important autant pour les personnes que je photographie, que je respecte que pour moi, parce que je vois le truc, je me dis « Ok, il faut que ce soit comme ça » et je me prépare bien, je sais qu’il faut que ce soit comme ça. Mais même avec mon numérique, il faut du news quoi!

• D’accord.

Eric Bouvet Evidemment je m’interdis pas si je vois que la personne a fermé les yeux ou si elle a fait une grimace ou si elle a parlé à ce moment là, on sait que très bien que quand on appuie sur le bouton quand les gens parlent, la bouche peut être déformée ou les yeux peuvent se fermer. Donc effectivement si c’est mauvais je refais mais il y a très peu de cas.

• Ok.

Eric Bouvet Et ça c’est un très bon travail. C’est une manière de travailler qui m’intéresse parce que ça demande de la concentration, ça demande de s’appliquer, ça demande  de réfléchir avant, voilà je pense que c’est une photographie qui m’intéresse et ça fait déjà des années que je l’applique au même titre que je pars pratiquement tout le temps, tout ce qu’on peut voir autour qui sont sur les murs ici depuis au moins six, sept ans, je travaille plus qu’avec deux optiques, un Leica 35 et un 50.

• Moi, je suis sur 1.28 et un 1.50, 1.645, 1.45 et 1/80. J’ai toujours le même couple et même quand je fais de la photo pour moi, je vais sortir avec un film, un boîtier et une optique même si je sais qu’avec cela, avec le 28 j’aurais pu faire ça mais histoire d’être disponible pour un seul type de chose.

Eric Bouvet De toute façon, des images on en a. Moi, je dis toujours « J’ai beaucoup plus loupé d’image que j’en ai faite. Ça c’est une évidence, on en loupera toujours, dans les années 80 quand on travaillais avec des boîtiers, au début il n’y avait pas de cellule de norme, il n’y avait pas d’autofocus, il y avait rien. On travaillais avec du film diapo sans ISO, il ne fallait pas se louper quand même. On rêvait d’avoir un peu ce qu’on voyait des télés qui avaient des zoom, avec un couvre à 28 et puis qui était autofocus. Moi je disais, si on pouvait avoir un vodka 110 à 110/200, ça allait relativement vite et l’autofocus aussi. Ce qu’on attendait même pas c’est le numérique, donc on peut se planter de 2×4 diaph, ça se rattrape. Tout ça existe aujourd’hui, on loupe encore des images.

• Oui et la qualité générale des images n’a pas augmenté?

Eric Bouvet C’est sûr que si en 24×36, un fichier aujourd’hui a 5 millions de pixels, c’est en meilleur en qualité.

• Non, la qualité des fichiers,  mais la qualité de la photo!

Eric Bouvet Mais là on peut pas parler de qualité dans ce cas là, il faut parler de mouvements, de mode ou on avance où  certains vont rester scotcher à Cartier Bresson ou Doisneau voire Lartigue enfin moi je défend tous ces grand maîtres et je trouve que c’est très très intéressant quand je donne des stages, j’en parle beaucoup. Je redonne la culture parce que c’est ce qui manque principalement aux photographes. La plupart du temps, ils arrivent, ils connaissent leur boîtiers sur le bout des ongles, tout les menus, franchement moi je me sers peut-être de ( je vais dire ) un ou 2 %  de ce qu’il y a dans un boîtier numérique. Ils arrivent, ils connaissent parfaitement la technique mais au niveau regard ils sont à côté de la plaque parce qu’ils se concentrent sur leur technique et ce qu’ils photographient en générale, c’est assez pauvre. Il faut qu’ils se forcent à se cultiver et pareil ils connaissent pratiquement. Je demande de me citer 5 photographes, nom 4, 3, 2, 1. Un : Doisneau… enfin bref je suis  abasourdi par le manque de culture des gens qui aiment la photographie, ce qui n’était pas avant.

• Sur ma chaîne il y a une série que j’ai commencé que j’appelle « Conseil de lecture » où je prends la dernière que j’ai faite, c’était sur Saul Leiter sur le livre « Early Color » en bref je prends simplement un livre, je le lis et je fais un commentaire sur des images sur qu’est qu’elles m’expriment mais c’est plus aller, regarder ces livres qui souvent sont de beaux livres et justement de nourrir son regard du regard d’autres personnes. Moi je trouve que c’est essentiel. 

Eric Bouvet Je leur dis toujours «  passez du temps, si vous ne pouvez pas acheter des livres parce que ça coûte relativement cher, achetez au moins la série photo poche parce que ça c’est abordable. Allez dans des expos, la plupart sont relativement gratuite parfois et puis ou sinon allez dans les bibliothèques, jetez un œil aux livres ». Pour moi c’est une nourrice, en lumière j’adore ce que faisait Irving Penn, par exemple, c’est très simple, la plupart du temps c’est juste une source.

En prise de vue, en portrait, j’adore ce que fait Halfdan, avec ses fonds blanc et juste ces gens plein de tronche, c’est très simple, c’est pure. Après il y a des photos de mode que j’aime beaucoup aussi qui sont poussés très loin au niveau de l’éclairage, au niveau de l’esthétisme parce que je trouve que le travail reste intéressant après je peux ne pas aimer effectivement cette photo de mode mais je m’intrigue, je me pose des questions sur «  Tiens, comment il a fait ç, c’est intéressant ! » , voilà. Quoi qu’il en soir c’est pareil, on peut ne pas aimer des auteurs mais il faut se forcer à les regarder pour apprendre.

• Et puis ça aide à comprendre pourquoi on n’aime pas cet auteur, c’est déjà intéressant.

Eric Bouvet Voilà.

Ok merci encore à toi, on va conclure une deuxième fois. Je vous engage encore une fois à aller voir le travail d’Eric et le travail de tous les photographes en général pour vous nourrir et je vous dis à la prochaine fois. 

Merci, c’était super.

Eric Bouvet De rien, bienvenue.

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