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Les 3 pires arguments contre l’argentique

Aujourd’hui, j’ai envie de parler de trois choses que j’entends chez les détracteurs de la photographie argentique et que je trouve un peu… je n’ai pas envie de dire bête mais sans fondement.

Le premier truc, c’est dépasser. J’ai même lu un commentaire sur une vidéo que j’avais faite pour le blog « Objectif photographe » où un mec disait : « quand une technologie est dépassée, il faut savoir l’accepter et passer à autre chose ». Et, sur le coup je m’étais dit: mais le gars n’a pas compris ce qu’était la photographie.

La photographie est un medium. C’est un outil d’expression, c’est un outil de représentation et ce n’est pas à voir comme une technologie car dans ce cas là, le jour où la photographie est arrivée, la peinture et le dessin auraient dû disparaître de la surface de la terre. Et, ce n’est pas ce qui s’est passé. Ce qui s’est passé, c’est que comme on a trouvé un moyen plus performant de représenter le réel, les techniques de représentation qui étaient la peinture et le dessin ont été remis en question et on a connu la révolution l’art contemporain, est arrivé le cubisme, on est allé vers l’abstraction. On va pas faire un cours d’histoire de l’art, c’est pas le propos mais ce qui est important à retenir c’est que l’arrivée d’un nouveau moyen de représentation a requestionné les anciens. Ils ont pas du tout disparu, ils se sont juste transformés.

Ensuite avec la photographie argentique, le numérique est arrivé et avec tous les avantages indéniables que ça comporte : rapidité d’exécution, pas ou peu consommable, en plus aujourd’hui des performances accrues en terme de sensibilité. Effectivement, on pourrait être tenter de faire le raccourci, de se dire que l’argentique est une technique dépassée et il faut passer à autre chose. Et en faite, l’argentique n’est pas du tout dépassée, c’est un mode de représentation. C’est une technique qui est plus ancienne, qui comporte quelques contraintes mais qui peut amener des avantages. On voit que le numérique s’est démocratisé il y a une quinzaine d’année. On voit que la photographie argentique et la photographie en générale de toute façon est remise en question. Elle est rentrée dans le domaine de l’art déjà ( c’est pas rien ) de manière plus affirmée.

Il y a des artistes, il y a des plasticiens qui utilisent la photographie numérique ou argentique, voire les deux en même temps, qui l’hybrident et ça c’est hyper intéressant pour en faire des œuvres d’art. Il y a une photographe et artiste que j’aime énormément qui a remporté le prix HSBC il y a quelques années qui est Noémie Goudal… je ne sais pas si c’est en argentique ou en numérique, je m’en fous mais qui fait un travail sur l’image, sur la représentation, sur la photographie qui est assez extraordinaire et toute cette transformation là de la photographie qui n’est plus simplement rendre compte d’un événement, est quelque chose d’hyper intéressant en soi et ça c’est l’apport du numérique qui l’a fait. Mais, ça ne veut pas dire que l’argentique est une technologie dépassée. Ça veut dire que c’est un autre outil de représentation, qui est là à se redéfinir et c’est-ce qu’il est en train de faire et en tout cas il est hyper durable et ça c’est certain au même titre que le fusain et la peinture à l’huile ont hyper duré.

Le deuxième avis un peu limité que j’entends sur le retour à la photographie argentique et il y a clairement un retour, car concrètement les gens ont exploré beaucoup le numérique et puis ils se rendent compte qu’ils ont envie de choisir justement un autre outil de représentation en tout cas pour certaines photos pas pour toutes. Et, donc du coup comme certaines personnes font le choix d’utiliser quelque chose de moins “performante” pour faire des photos, certains disent ” ça n’a aucun sens ” et donc c’est un effet de mode du vintage ou c’est du passéisme ou voire même c’est du snobisme. J’entends souvent ça et même argumentation que pour le premier avis: Oui, il y a certainement des gens qui se disent que c’est plus noble de travailler à l’ancienne en argentique mais je ne pense pas que c’est l’argentique qui fasse des snobs. Je pense qu’il y a des gens qui sont snobs et qui font de la photo et on le voit, même en numérique, il y a des gens qui vont utilisés un plein format plutôt qu’un APS-C en disant que c’est mieux et ça peut être pris comme une forme de snobisme. Mais de manière générale, quand on a quelqu’un en face de soi qui fait un choix radical et pas forcément justifié de manière complètement pragmatisme, ça passe pour du snobisme. En soi, c’est pas l’argentique qui fait que les gens deviennent snob et à mon sens c’est pas une mode, c’est justement faire un choix sur la manière de produire son image et on peut avoir envie de ne pas avoir quelque chose de complètement performant. On peut ressentir beaucoup de plaisir justement à se mettre quelques contraintes à ne pas avoir le résultat tout de suite. Il y a un frisson à découvrir son image plus tard, une fois qu’on a développé son négatif et l’avoir se révéler au tirage.

Pour certaines personnes, ça peut être de l’ordre du loisir créatif, de l’activité-passion plutôt que simplement prendre le temps de faire les choses et pas juste faire une image pour faire une image. C’est le procédé qui intéresse les gens plus que le but en soi, et ça c’est valable en numérique comme en argentique.

Je vais en venir à la troisième idée qui me paraît un peu aberrante par rapport à l’argentique… J’ai évoqué là le fait de découvrir son image dans le révélateur après un tirage sous agrandisseur mais on peut en faite aussi scanner son négatif  pour avoir une image numérique. Et, j’en discutais avec un photographe de quartier et je lui disais que moi, personnellement dans ma pratique professionnelle, j’avais fait le choix de revenir à l’argentique mais que par contre, pour des raisons pratiques et financières, j’envoyais mes films à un labo et il les développaient, il les scannaient et il me renvoyait des scans avec les talonnages couleurs. Ce photographe-là me soutenait que lui, il trouvait que c’était arnaquer le client parce qu’au final, il avait des fichiers numériques et pas des vrais tirages argentiques et que dans son Autolab avant, image par image il faisait les talonnages et il sortait un tirage certes, mais déjà c’est mal connaître son outil car l’Autolab clairement, il fait un scan, on travaille sur un aperçu numérique sur un moniteur et ensuite derrière ça sort une image qui est imprimée mais ça passe par une chaîne numérique. Donc, c’est pas plus authentique que de scanner son négatif, de le mettre sur une galerie et que la personne l’imprime ou la fasse tirer, par exemple avec une imprimante jet d’encre.

Donc, sur la question de l’authenticité ça n’a pas vraiment de sens. Je pense qu’il ne faut pas voir l’argentique uniquement comme un loisir créatif… en tout cas pour ce qui est de la question professionnelle. Pour ce qui est de la question amateur, oui, on peut l’associer à un loisir créatif et être attacher à un procédé, mais on peut aussi vouloir avoir une certaine posture. C’est-à-dire que je prends mon image, je ne la voit pas tout de suite, je l’oublie un peu, je dois finir ma pellicule. Je dois faire une série de 36 images (si je suis en 24/36) au moins si je travaille en moyen format et une fois que j’ai fini cette série, j’ai le droit de découvrir toute la série. Ça nous met dans une disposition d’esprit de se dire « voilà, je vais devoir produire tant d’images avant de les découvrir » et du coup peut-être que je vais produire ces tant d’images avec la même idée ou la même volonté, voir le résultat et puis à la pellicule d’après me dire « voilà, j’ai fait telles erreurs ou il y a telle chose qui m’ont intéressé et du coup, je vais prendre telle orientation pour la pellicule d’après » et sur l’idée d’avancer pas-à-pas, ça peut être intéressant. Et, pour un professionnel par contre, (moi par exemple) ça me permet de me dire: je maîtrise tous mes paramètres avant ma prise de vue et en faite une fois que je déclenche, je suis sûr comme j’ai déjà tout maitrisé que tout est bon et du coup ça me libère l’esprit.

Pour moi, le fait de scanner n’enlève rien à l’intérêt de l’argentique. C’est juste pour qu’une fois que l’image a été faite, on peut avoir envie de la récupérer de manière numérique, de repasser sur une chaîne numérique. C’est la captation qui se fait de manière analogique ou numérique.

Il y aurait énormément de choses à dire car il y a pleins d’arguments chez les détracteurs de l’argentique et inversement. J’entends beaucoup de gens, des détracteurs complets du numérique avec des arguments qui ne sont pas tellement plus valable. Je pense qu’en faite le but est de produire des images et de se faire plaisir et on choisit la manière dont on a envie de les produire.

Si vous me suivez sur cette chaîne, c’est probablement que l’argentique vous intéresse. Si, vous avez quelqu’un avec qui vous discutez qui est plutôt branché numérique et qui vous a sorti ces arguments là, peut-être partagez lui, peut-être que ça fera l’objet d’une discussion et inversement.

Si vous avez découvert cette vidéo alors que vous êtes complètement numérique, n’hésitez pas à me dire dans les commentaires si vous êtes d’accord ou pas. Encore une fois, l’idée n’est pas de dire lequel est le meilleur mais de comprendre pourquoi on peut faire un choix à un moment de produire des images d’une manière ou d’une autre. Et, si cette vidéo vous a intéressé, si l’argentique vous intéresse de manière générale, abonnez-vous à la chaîne et partagez-la à d’autres photographes.

Je vous dit à très vite.

 

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